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Les "pèlerins de la tech" affluent en Chine alors que la course mondiale à l’innovation s’intensifie
information fournie par Reuters 04/09/2026 à 15:22
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Les robots humanoïdes à l'oeuvre dans les usines, la concurrence décomplexée des modèles d’intelligence artificielle et la production à haute intensité de véhicules électriques (VE) attirent une nouvelle génération de visiteurs étrangers en Chine.

Investisseurs et entrepreneurs déboursent des milliers de dollars pour visiter les entreprises chinoises afin d'être aux premières loges de ce que beaucoup considèrent comme la prochaine révolution technologique.

Cet afflux reflète les craintes croissantes d’un "China shock 2.0", alors que les entreprises et les gouvernements occidentaux s’interrogent sur la capacité des entreprises chinoises à prendre l’avantage dans les technologies de pointe et la production industrielle.

"Aujourd’hui, les gens regardent la Chine comme un objet d’étude et d’apprentissage, une tendance qui existait à peine il y a quelques années", explique Robert Wu, directeur général de la société de recherche Baiguan, basée à Shanghai.

Robert Wu a déjà organisé deux voyages pour plus de 20 investisseurs et dirigeants, facturant jusqu’à 15.000 dollars (12.904 euros) pour cinq jours de visite. Environ la moitié des participants venaient d’Asie du Sud-Est.

De nombreux participants évitent de rendre leurs déplacements publics. Parmi les "pèlerins" connus figurent les sociétés d’investissement américaines Dimension, Capital Group et Thrive Capital, ainsi que le podcasteur américain spécialisé dans les technologies Lex Fridman.

Les données sur les circuits technologiques sont rares, mais le tourisme industriel est en plein essor. Selon les médias d’État, il a généré 17,8 milliards de dollars (15,31 milliards d'euros) l’an dernier et devrait dépasser 300 milliards de yuans (38,46 milliards d'euros) d’ici 2029.

L’agence de voyages technologiques Glopen, basée à Shanghai, affirme que les demandes de renseignements ont bondi de 50% en 2026, principalement de la part de clients européens et singapouriens. Elle organise désormais plus de 100 visites d’entreprises chaque mois.

"On ne peut pas saisir l’ampleur, la vitesse et le caractère concret de l’innovation chinoise sans se rendre sur le terrain, dans les usines", explique Bertrand Chen, directeur général du Global Shipping Business Network, qui a participé en avril à un circuit de trois villes consacré à la robotique et aux technologies émergentes, organisé par l’investisseur sino-américain Rui Ma.

Fondateur de Tech Buzz China, Rui Ma organise de tels circuits depuis 2019 et les présente comme une étape essentielle de la "diligence raisonnable", une forme d'audit préalable courant dans le monde des affaires et d la finance.

Le circuit passe par Pékin, Shenzhen, Shanghai, Hangzhou et Hefei, les poumons industriels au cœur de l’essor chinois des VE, des batteries, de l’IA et de la robotique.

Des dirigeants étrangers se sont également rendus à l’usine automobile de Xiaomi 1810.HK à Pékin, tandis que le chancelier allemand Friedrich Merz a été filmé à Hangzhou observant les robots humanoïdes d’Unitree 688836.SS , vitrine de la technologie chinoise.

LA PEUR DE LA RELÉGATION

Rien de tout cela n’est le fruit du hasard. Pékin encourage ouvertement "la promotion vigoureuse" du tourisme industriel et a désigné plus de 140 sites officiels. De nombreuses usines proposent désormais des visites guidées publiques pour environ 60 dollars par personne.

L’usine de VE de Xiaomi a accueilli plus de 250.000 visiteurs depuis mars 2024. La demande est telle que des billets attribués par tirage au sort sont revendus en ligne jusqu’à 2.000 yuans.

Xiaomi a déclaré à Reuters que l’accès aux visites était déterminé par un tirage au sort en ligne et que les billets ne pouvaient pas être transférés.

Pour les dirigeants européens inquiets de la faible productivité du continent et de leur retard dans l’IA et la robotique, la Chine est devenue une destination clé.

"Les esprits les plus brillants d’Europe sont parfaitement conscients de la situation. L’insécurité est palpable", affirme Alex Shengyun Lu, consultant en IA chez Praxis Advisory basé à Shanghai.

"Ils viennent ici avec un véritable état d’esprit d’humilité et d’apprentissage."

Alex Shengyun Lu, qui a refusé de citer les noms des entreprises en raison d’accords de confidentialité, explique que de nombreux dirigeants européens souhaitent comprendre comment la Chine déploie l’IA à grande échelle et comment son modèle d’investissement soutenu par l’État pourrait être reproduit ailleurs.

Pourtant, certains observateurs du secteur mettent en garde contre une surestimation de l’avantage chinois.

"Les entreprises (technologiques) non chinoises détiennent toujours la majeure partie des parts de marché mondiales, la propriété intellectuelle la plus avancée et les bénéfices les plus importants", souligne Rui Ma, fondateur de Tech Buzz.

Malgré tout, l’affluence de "pèlerins technologiques" reste marquée, y compris de visiteurs américains, alors que les tensions entre les États-Unis et la Chine s’accentuent.

LE CAS DE SHENZHEN

Shenzhen illustre particulièrement cette tendance. L’ancien centre de production à bas coût cherche désormais à s’imposer comme une vitrine de l’innovation chinoise alors qu’il se prépare à accueillir en novembre l'édition 2026 du forum de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC).

Le nombre de visiteurs étrangers a augmenté de 70% l’année dernière et a bondi de plus de 30% au premier trimestre, avec plus de 5.000.000 d’entrées enregistrées cette année jusqu’au mois d’août.

Les taxis diffusent désormais des annonces en anglais et des influenceurs étrangers participent régulièrement aux salons technologiques. Selon Joshua Woodard, des entreprises locales créent même des "hacker houses" (des lieux où des entrepreneurs et développeurs vivent et travaillent ensemble) inspirées de la Silicon Valley pour accueillir des entrepreneurs étrangers de la robotique et de l’IA.

Des groupes WeChat de 400 personnes font la navette entre la Silicon Valley et Shenzhen, recherchant des usines de batteries ou d’écrans, explique Joshua Woodard, qui organise pendant son temps libre des visites d’usines à Shenzhen pour des entrepreneurs étrangers.

"Les fondateurs profitent de la politique d’entrée sans visa de 10 jours (...) juste pour essayer de repérer qui pourra construire leur prochain prototype."

"Il n’existe aucun autre endroit au monde où la technologie soit intégrée au cœur de la vie quotidienne comme à Shenzhen", estime l’entrepreneur tchèque Jan Smejkal, installé dans la ville depuis 11 ans.

(Reportage Laurie Chen, version française Elena Smirnova, édité par Sophie Louet)

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